samedi 19 juin 2010

La responsabilité individuelle des consommateurs (Ia)

Je viens de terminer un recueil de textes édité par le Conseil de l'Europe proposant une réflexion sur une forme nouvelle de consommation soucieuse de favoriser la cohésion sociale.

Ce guide m'a particulièrement interpellé par le fait qu'il s'agit-là d'un ouvrage réalisé par une collectivité publique invitant la population à agir en dehors des sentiers habituels. Sans parler de décroissance, il y est tout de même question de mettre fin à la consommation telle qu'elle existe aujourd'hui, avec tout ce qu'elle entraine comme inégalités et incohérences environnementales.

Si le constat est évident, l'encouragement par des institutions de cette importance à passer à l'action l'est bien moins.

Je vais donc maintenant reprendre les principales idées que j'ai pu noter et les commenter succinctement. Je ferai ça en plusieurs parties.


Partie I — La consommation comme vecteur d’expression citoyenne

Nature et culture de la consommation dans les sociétés de consommation
(Lucia Reisch, Danemark)

Ce premier texte avance que les valeurs, croyances,et institutions des sociétés de consommation sont principalement axées sur le soutien à la consommation. Le postulat de base de la citoyenneté y est constitué du devoir de consommer afin de faire face au mythe opposant la consommation au déclin.

La consommation y est aussi présentée comme le facteur essentiel pour se définir dans la société. Or, étant dit qu'il est impossible de lutter contre la construction de son identité, la consommation devient un acte indispensable à l'insertion sociale. Les pauvres s'en trouvent alors doublement punis. Ils ne disposent en effet pas des moyens de s'insérer par la consommation mais subissent tout de même dans le même temps les assauts permanents des publicitaires.

Enfin, est abordé l'exemple donné par les sociétés occidentales entrainant les élites des pays pauvres à les imiter. Force est de constater que la commercialisation et la mondialisation y balaient souvent les cultures locales, les vertus civiques et les notions de dignité et de statut.


Démocratisation et consommation
(Lucia Reisch, Danemark)

Le second texte aborde le thème de la démocratie par la consommation. La société de consommation serait un facteur d'érosion des communautés et de la solidarité par l'individualisme qu'elle exacerbe. Or, l'auteur rappelle que, dans certains milieux, la consommation ouvre de nouveaux espaces et possibilités pour certaines populations de s'exprimer.

Par exemple, l'émancipation de certains groupes sociaux formellement exclus de la vie politique est en effet due à l'utilisation de leur place de consommateurs. Ce fut le cas des femmes au XXe siècle, des homosexuels aux États-Unis au début du XXIe, et même le système des castes indiennes serait ébranlé.

En fait, il faut constater que le vote par le portefeuille constitue de plus en plus une résistance aux effets néfastes de la consommation. L'idée de soutien à la démocratisation à l'échelle mondiale par des choix de marché se répand. En privilégiant certains produits ou certaines entreprises, le consommateur oblige le vendeur à tenir compte de ses priorités.


Consommateurs et citoyenneté
(Michele Micheletti, Suède)

Ce texte aborde la consommation utilisée comme action politique menée par et pour les groupes marginalisés (les femmes, les groupes ethniques, les jeunes), mais aussi contre ceux-ci (les Juifs dans les années 1930).

Le consumérisme politique résulte de la prise de responsabilité mondiale des consommateurs dans le but de mettre en place un filet de sécurité destiné aux personnes et à l'environnement malmenés par le processus de la mondialisation.

Les trois formes essentielles du consumérisme politique sont le boycott (ne pas acheter), le buycott (choisir ses achats) et les actions discursives. Ces dernières visent à exhorter les citoyens à prendre conscience du rapport entre les choix du consommateur, la production des entreprises et l'égalité mondiale et à agir en conséquence.

Finalement, c'est la faible implication des gouvernements pour remédier aux problèmes des gens qui a entrainé la politisation de la consommation. Aujourd'hui, le choix du consommateur influe sur l'avenir du monde. Il le sait et peut même aller jusqu'à un ralentissement et une diminution de sa consommation personnelle.

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