mardi 2 février 2010

La responsabilité individuelle des consommateurs (Ib)

Je continue à vous résumer les idées contenues dans l'ouvrage sur la responsabilité individuelle des consommateurs édité par le Conseil de l'Europe. (Partie Ia)

Partie 1 – La consommation comme vecteur d'expression citoyenne (suite)

Produire ou ne pas produire ? Est-il justifié de croire en la souveraineté du consommateur ?
Tim Cooper (Royaume-Uni)

L'auteur rappelle ici que dans de nombreux marchés, particulièrement ceux présentant des caractéristiques oligopolistiques, de puissants fournisseurs semblent capables d'influencer les préférences des consommateurs. Les choix de ceux-ci ne sont pas complètement libres. En réalité, les consommateurs manquent à la fois de pouvoir et de compétences. Aussi, le supplément actuel de prix lié à une consommation responsable constitue un frein supplémentaire au changement.

Il semble aussi que de nombreux consommateurs ne cherchent pas à restreindre, et encore moins à réduire, leur consommation globale. Les individus achètent habituellement systématiquement le même genre de produits ; leurs choix reflètent des valeurs intériorisées depuis longtemps ainsi que leur identité sociale.

L'évolution de la consommation ne peut donc pas se faire toute seule ; les gouvernements ont un rôle à jouer. Il faut concentrer les efforts sur la création d'un cadre favorable au progrès collectif, plutôt que d'exhorter les individus à aller à contre-courant. L'auteur constate en effet que le principe de la souveraineté des consommateurs place un fardeau injuste sur chacun d'eux.

Un moyen de supprimer cette pression serait l'élimination progressive de la possibilité d'acquérir des produits ou services ayant des impacts sociaux ou environnementaux excessivement négatifs. Mais il s'agit-là d'un changement radical que peu de gouvernements seraient capables d'appliquer à brève échéance.


De la souveraineté du consommateur à la gouvernance des consommateurs
L'espace du choix dans la consommation
Sophie Dubuisson-Quellier (France)

Le choix des consommateurs se distribue actuellement entre des alternatives très spécifiques et fortement contrôlées par les acteurs du marché. Il est souvent réalisé après recourt à la « délégation » (analyses et avis extérieurs). Or, aujourd'hui, les consommateurs ne peuvent choisir qu'en fonction des caractéristiques que traitent les délégués de la médiation marchande ; ils ne peuvent introduire de nouveaux critères eux-mêmes. Cela revient en fait à constater que non seulement, le choix est fini, mais qu'il est également contrôlé politiquement et économiquement par l'offre.

Pour contrer cette consommation dirigée, il existe actuellement trois types de démarche : les mouvements décroissants, les contrats locaux entre consommateurs et producteurs et les démocraties alimentaires localisées.


Les préoccupations des consommateurs et les possibilités de choix alternatifs
Federica Volpi (Italie)

Certains groupes de pression possède aujourd'hui un pouvoir d'envergure mondiale qu'ils peuvent exercer à leur seul profit, en dépit du fait que leurs décisions peuvent également avoir des conséquences majeures pour ceux dont la voix n'est pas entendue au moment où il s'agit de trancher.

Les citoyens peuvent jouer le rôle de contrepoids en utilisant leur portefeuille comme levier. C'est bien à l'individu de modifier ses schémas de comportement s'il veut exercer une pression suffisante pour faire évoluer les politiques économiques et commerciales internationales.

Les caractéristiques fondamentales des gammes de produits disponibles sur le marché restent largement méconnues du public. Contrairement à cela, les consommateurs responsables, du fait de la réflexion qui sous-tend leurs choix, sont prêts à dépenser davantage pour ces produits, comme le montrent de nombreuses études effectuées en Europe et ailleurs.

lundi 25 janvier 2010

La responsabilité individuelle des consommateurs (Ia)

Je viens de terminer un recueil de textes édité par le Conseil de l'Europe proposant une réflexion sur une forme nouvelle de consommation soucieuse de favoriser la cohésion sociale.

Ce guide m'a particulièrement interpellé par le fait qu'il s'agit-là d'un ouvrage réalisé par une collectivité publique invitant la population à agir en dehors des sentiers habituels. Sans parler de décroissance, il y est tout de même question de mettre fin à la consommation telle qu'elle existe aujourd'hui, avec tout ce qu'elle entraine comme inégalités et incohérences environnementales.

Si le constat est évident, l'encouragement par des institutions de cette importance à passer à l'action l'est bien moins.

Je vais donc maintenant reprendre les principales idées que j'ai pu noter et les commenter succinctement. Je ferai ça en plusieurs parties.


Partie I — La consommation comme vecteur d’expression citoyenne

Nature et culture de la consommation dans les sociétés de consommation
(Lucia Reisch, Danemark)

Ce premier texte avance que les valeurs, croyances,et institutions des sociétés de consommation sont principalement axées sur le soutien à la consommation. Le postulat de base de la citoyenneté y est constitué du devoir de consommer afin de faire face au mythe opposant la consommation au déclin.

La consommation y est aussi présentée comme le facteur essentiel pour se définir dans la société. Or, étant dit qu'il est impossible de lutter contre la construction de son identité, la consommation devient un acte indispensable à l'insertion sociale. Les pauvres s'en trouvent alors doublement punis. Ils ne disposent en effet pas des moyens de s'insérer par la consommation mais subissent tout de même dans le même temps les assauts permanents des publicitaires.

Enfin, est abordé l'exemple donné par les sociétés occidentales entrainant les élites des pays pauvres à les imiter. Force est de constater que la commercialisation et la mondialisation y balaient souvent les cultures locales, les vertus civiques et les notions de dignité et de statut.


Démocratisation et consommation
(Lucia Reisch, Danemark)

Le second texte aborde le thème de la démocratie par la consommation. La société de consommation serait un facteur d'érosion des communautés et de la solidarité par l'individualisme qu'elle exacerbe. Or, l'auteur rappelle que, dans certains milieux, la consommation ouvre de nouveaux espaces et possibilités pour certaines populations de s'exprimer.

Par exemple, l'émancipation de certains groupes sociaux formellement exclus de la vie politique est en effet due à l'utilisation de leur place de consommateurs. Ce fut le cas des femmes au XXe siècle, des homosexuels aux États-Unis au début du XXIe, et même le système des castes indiennes serait ébranlé.

En fait, il faut constater que le vote par le portefeuille constitue de plus en plus une résistance aux effets néfastes de la consommation. L'idée de soutien à la démocratisation à l'échelle mondiale par des choix de marché se répand. En privilégiant certains produits ou certaines entreprises, le consommateur oblige le vendeur à tenir compte de ses priorités.


Consommateurs et citoyenneté
(Michele Micheletti, Suède)

Ce texte aborde la consommation utilisée comme action politique menée par et pour les groupes marginalisés (les femmes, les groupes ethniques, les jeunes), mais aussi contre ceux-ci (les Juifs dans les années 1930).

Le consumérisme politique résulte de la prise de responsabilité mondiale des consommateurs dans le but de mettre en place un filet de sécurité destiné aux personnes et à l'environnement malmenés par le processus de la mondialisation.

Les trois formes essentielles du consumérisme politique sont le boycott (ne pas acheter), le buycott (choisir ses achats) et les actions discursives. Ces dernières visent à exhorter les citoyens à prendre conscience du rapport entre les choix du consommateur, la production des entreprises et l'égalité mondiale et à agir en conséquence.

Finalement, c'est la faible implication des gouvernements pour remédier aux problèmes des gens qui a entrainé la politisation de la consommation. Aujourd'hui, le choix du consommateur influe sur l'avenir du monde. Il le sait et peut même aller jusqu'à un ralentissement et une diminution de sa consommation personnelle.

mardi 12 janvier 2010

Le Rapport Attali

Alors j'ai fini ma petite critique du Rapport Attali que j'avais commencée sur ce blogue il y a... un an tout juste ! C'est le moment de faire un petit bilan, après une petite relecture et quelques petites modifications. Oui, tout est petit, comme l'utilisation de ce rapport par le Président !



Niveau minimal d'enseignement à faire atteindre aux élèves de 6e, création de pôles universitaires de recherche.


Réorientation des crédits vers les secteurs d'avenir, numérique et écologie en tête.


Simplification fiscale et administrative pour les petites entreprises.


Amélioration des relations sociales, favorisation de l'emploi des jeunes, réduction du coût du travail et retardement de la retraite pour ceux qui le veulent.



Formation et rémunération des chômeurs et rupture amiable du contrat de travail.


Création d'agences indépendantes pour gérer et évaluer les services publics et suppression des départements.


Finalement, après avoir relu tout cela, je me dis que le gouvernement essaie tout de même de faire passer quelques unes des réformes proposées ici. J'imagine bien que cela n'est pas facile, que les oppositions sont fortes, mais il faut continuer. Peut-être s'y prenant autrement.

mardi 29 décembre 2009

La Louisiane

Je continue d'imaginer un autre monde que le nôtre, un monde qui aurait évolué différemment. Aujourd'hui : la Louisiane. Rappelons un peu l'histoire de cette ancienne colonie française...

1682 : Cavelier de la Salle, venu de la Nouvelle-France explore le bassin du Mississippi jusqu'à son embouchure et donne à cet immense territoire le nom de Louisiane en l'honneur du roi de France, Louis XIV.

Les possessions françaises en Amérique du Nord sont alors immenses, mais quasiment vides de Français :


1718 : Fondation de La Nouvelle-Orléans, baptisée ainsi en l'honneur du Régent Philippe d'Orléans. Elle devient capitale de la Louisiane en 1722.


1762 : Par suite de la défaite de la guerre de Sept Ans, la France cède ses territoires situés sur la rive droite du Mississippi à l'Espagne (Traité de Fontainebleau) en même temps qu'elle abandonne le Canada à la Grande-Bretagne. C'est la fin du premier empire colonial français et le début de la domination britannique.

1763 : Par le Traité de Paris, la France cède à l'Angleterre la partie orientale de la Louisiane.

1800 : Restitution par l'Espagne de la Louisiane à la France dans le cadre du Traité de San Ildefonso.

3 mai 1803 : Napoléon vend la Louisiane aux États-Unis, pour 15 millions de dollars, une somme énorme pour le jeune État américain.


Par le Traité de Versailles de 1783, les États-Unis accédèrent à l'indépendance. Il était alors spécifié que la frontière avec le Canada s'étendait vers l'ouest à partir du Lac des Bois. Dans mon atlas mondial, j'ai décidé de conserver cette frontière du Lac des bois pour limiter les états britanniques du nord et les états du sud.

Imaginons que Napoléon n'ait pas décidé de vendre la Louisiane, mais ait préféré la conserver, en y envoyant des prisonniers de guerres pour la peupler par exemple. La population aurait augmenté, sous autorité française, et, même si les Américains à l'est avaient poussé pour intégrer la Louisiane à leur nouvel état, la présence française aurait été beaucoup plus marquée.

J'ai donc voulu imaginer une Louisiane indépendante au milieu d'autres états nord-américains indépendants. Les 4 provinces qui la composent auraient été assez rapidement créées suivant les frontières fluviales naturelles. Voici donc à quoi ma Louisiane ressemblerait :



samedi 12 décembre 2009

Le Rapport Attali (VI)

Cela fait bien longtemps que je n'ai pas parlé du Rapport Attali. Bon, je vais me répéter en disant qu'il a visiblement été mis de côté par le gouvernement... mais vu que moi, tel le fameux Sentenza, je finis toujours le travail pour lequel on me paie (pas), je vais terminer de le commenter.

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Ambition 6 : Créer de nouvelles sécurités à la mesure des instabilités croissantes
Les hommes et les femmes de notre pays subissent de plein fouet les adaptations permanentes qu’impose ce monde ouvert et mouvant. À ces précarités nouvelles doivent répondre des sécurités nouvelles. Le goût du risque est un moteur irremplaçable ; la protection de ceux qui risquent en est la condition.
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Il faut favoriser la prise de risque, certes, mais il faut que cela reste un risque. Je pense ici aux banques, bien-sûr.

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DÉCISION FONDAMENTALE 16
Considérer la formation de tous les chercheurs d’emploi comme une activité nécessitant rémunération sous forme d’un « contrat d’évolution ».
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Pourquoi pas. Il faudrait d'un autre côté s'assurer que ceux-ci font les efforts nécessaires pour se former et retrouver un emploi. Cela va avec un changement d'état d'esprit que pourrait par exemple amener le contrat unique, et la mobilité du travail favorisée. Malheureusement, la plupart des gens qui ont un emploi depuis longtemps ne veulent pas bouger, et sont contre...

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DÉCISION FONDAMENTALE 17
Sécuriser la rupture amiable du contrat de travail.
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Ça c'est fait. Comme quoi, tout n'a pas été oublié !

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Ambition 7 : Instaurer une nouvelle gouvernance au service de la croissance
La France est un vieux pays. Beaucoup de ses institutions se sont sédimentées et fossilisées. Elles coûtent souvent trop cher pour un service chaque jour plus défaillant. Chacune de nos institutions doit être évaluée au regard du double objectif : garantir la solidarité et servir la croissance.
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C'est en partie le but de la revue générale des politiques publiques, je pense. Il faut en effet faire évoluer nos institutions, mais un gros problème vient de la difficulté des les faire changer, surtout en ce qui concerne les gens qui y travaillent. Il faudra du temps, beaucoup de temps... ou de la force, mais là, personne n'osera prendre de si gros risques.

La représentativité de la population est aussi un problème. Les femmes font les efforts pour revenir à niveau, mais il manquera encore les jeunes et les étrangers. C'est difficile car ceux qui ont les places ne les lâcheront pas. Il faudra du courage.

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DÉCISION FONDAMENTALE 18
Créer des agences pour les principaux services au public, et faire évaluer tout service public (école, université, hôpital, administration) par des organismes indépendants.
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Oui, ça peut être une bonne idée. C'est déjà appliqué avec succès dans les pays du nord, je crois. Le problème, une fois encore, concernerait les difficultés à faire évoluer ces principaux services publics, une fois que l'on aurait mis en avant certaines déficiences. Je pense principalement aux contrats des gens qui y travaillent qui sont quasiment intouchables. Les changements interviendront certainement peu à peu, au fur et à mesure que les gens partiront... d'ici 30 ans quoi. :-/

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DÉCISION FONDAMENTALE 19
Renforcer les régions et les intercommunalités en faisant disparaître en 10 ans l’échelon départemental.
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Oui, ça c'est bon. Là, il faut y aller en force, c'est sûr. Malheureusement, ceux qui travaillent pour les départements ou qui en tirent un minimum de pouvoir ne voudront rien lâcher.

Vous pouvez voir mon message sur le concours d'administrateur territorial que j'ai passé il y a quelques années... Le sujet de droit public était le suivant : "L'avenir du département". J'avais justement mis en avant l'importance à accorder aux régions dans le cadre d'un développement européen maitrisé et égalitaire ainsi qu'aux intrecommunalités censées assurer une gouvernance de proximité plus efficace et moins couteuse que pour les toutes petites municipalités qui existent actuellement.

Résultat : 06/20 ! Et quelques semaines/mois après, le Rapport Attali parait, avec cette décision 19 qui me montre que j'allais dans la bonne direction... J'en était finalement arrivé à la conclusion que le correcteur n'était pas d'accord avec moi car il devait travailler avec ou pour les départements. :(

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Ambition 8 : Ne pas mettre le niveau de vie d’aujourd’hui à la charge des générations futures
Un pays qui s’endette n’aime pas ses enfants. Qu’est-ce que la bonne dette : l’investissement, qui prépare l’avenir. Qu’est-ce que la mauvaise : la nôtre, cette accumulation de déficits engendrés par le train de vie excessif de l’État et de l’ensemble des collectivités publiques.
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Alors ça, c'est la base. Mais encore une fois, c'est plus facile à dire qu'à faire. Une chose est sûre : il faut en parler, encore et toujours, pour que les gens comprennent que l'État n'a plus d'argent. Car en effet, quand on a des dettes de ce genre, on n'a plus d'argent ! Bien sûr, cela arrange les prêteurs qui savent que l'on va rembourser, mais cela empêche tellement de bons investissements... Cette dette non maitrisée est à mon avis la principale des causes qui rendront la France de moins en moins puissante dans le monde.

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DÉCISION FONDAMENTALE 20
Réduire dès 2008 la part des dépenses publiques dans le PIB. Cette réduction devra atteindre 1 % du PIB par an à partir de 2009, soit 20 milliards d’euros de réduction par rapport à la tendance par an pendant 5 ans.
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Certes, là, c'est du concret, mais c'est déjà passé... et le moins qu'on puisse dire est que l'on n'a pas pris le bon chemin... Il faudra pourtant faire ces efforts tôt ou tard.